Les ETF faussent-ils les prix ?
Non — mais ils les rendent moins élastiques, et ce n’est pas la même chose. Un fonds indiciel achète les titres de son indice au prorata de leur poids, sans jamais se demander si le prix est justifié. Il est, par construction, insensible au prix. Plus sa part augmente, moins il reste d’acteurs pour refermer l’écart entre prix et valeur.
Ce qu’un fonds indiciel fait, exactement
Un gérant actif qui trouve une valeur trop chère peut l’alléger, ou ne pas l’acheter. Un fonds indiciel n’a pas cette latitude : sa mission est de répliquer l’indice. Quand il reçoit un euro, il achète chaque composant au prorata de son poids — et le poids d’une valeur, dans un indice pondéré par les capitalisations, est le produit de sa hausse passée.
[Cadre] Ce détail de plomberie a une conséquence structurelle : l’argent qui entre va proportionnellement davantage vers ce qui a déjà le plus monté. Non par conviction, mais par construction.
Pourquoi ça compte : le marché n’absorbe pas les flux sans bouger
Si les marchés étaient parfaitement élastiques, ce mécanisme n’aurait aucune importance : tout écart de prix appellerait immédiatement des capitaux pour l’arbitrer, et l’écart se refermerait. [Mesuré] Ce n’est pas ce qu’on observe. Gabaix et Koijen estiment qu’un dollar investi sur le marché actions en augmente la valeur agrégée d’environ cinq dollars : la force de rappel existe, mais elle est bien plus faible que la théorie classique ne le suppose.
Ajoutez à un marché déjà inélastique une part croissante d’acheteurs indifférents au prix, et vous obtenez deux effets attendus : les tendances persistent plus longtemps, et la concentration des indices sur leurs plus grosses valeurs s’auto-entretient.
« Fausser » est le mauvais mot
Dire que les ETF faussent les prix suppose qu’on connaisse le prix juste. Personne ne l’observe. Ce qui est documenté est plus modeste et plus utile : la proportion d’acteurs dont le métier est d’acheter ce qui est bon marché diminue, donc le mécanisme qui ramenait les prix vers la valeur est plus lent. Les prix ne deviennent pas faux ; ils deviennent plus lents à se corriger — et, entre-temps, plus sensibles aux flux.
Ce que ça ne veut pas dire
Qu’il faudrait fuir les ETF. Pour un particulier, un fonds indiciel large reste le moyen le moins cher et le plus discipliné de détenir des actions, et les frais épargnés sont un gain certain là où la surperformance d’un gérant est un pari. Le constat porte sur ce que la gestion passive fait au marché, pas sur ce qu’elle vaut pour vous. Confondre les deux niveaux mène à vendre un bon outil pour une mauvaise raison.
Et le garde-fou du pilier vaut ici plus qu’ailleurs : les flux indiciels font bouger les prix. Ils ne les déterminent pas. Les bénéfices, les taux et les valorisations de départ continuent de faire leur travail.
Questions fréquentes
Les ETF font-ils monter la bourse ?
Ils y contribuent mécaniquement. Un fonds indiciel qui reçoit une souscription achète les titres de l’indice au prorata de leur poids, sans se demander si le prix est justifié. Sur un marché où la liquidité est finie, cet achat insensible au prix déplace les cours — et il les déplace davantage sur les valeurs qui pèsent le plus dans l’indice.
La gestion passive fausse-t-elle les prix ?
Le mot « fausser » suppose un prix juste connaissable, ce que personne n’observe. Ce qui est documenté est plus précis : la gestion indicielle réduit la part des acteurs qui arbitrent l’écart entre prix et valeur, donc la force de rappel qui refermait cet écart. Les prix ne deviennent pas faux ; ils deviennent moins élastiques.
Faut-il éviter les ETF à cause de cela ?
Non, et ce serait mal lire le raisonnement. Un ETF large reste, pour la plupart des épargnants, le moyen le moins coûteux et le plus discipliné de s’exposer aux actions. Le constat porte sur ce que la gestion passive fait au marché dans son ensemble, pas sur la qualité de l’outil pour un particulier.
Pourquoi les plus grosses valeurs montent-elles plus vite ?
Parce qu’un flux indiciel s’y déverse proportionnellement à leur poids, et que leur poids est précisément ce que la hausse passée a fait grossir. La performance attire la collecte, la collecte achète au prorata des poids, et les poids reflètent la performance passée : le circuit se referme sur lui-même.
Sources
- Gabaix & Koijen, « In Search of the Origins of Financial Fluctuations: The Inelastic Markets Hypothesis », NBER WP 28967, juin 2021. Consulté le 21 août 2026.
- Jean-Philippe Bouchaud, « The Inelastic Market Hypothesis: A Microstructural Interpretation », arXiv:2108.00242. Consulté le 21 août 2026.